Vera Egenberger v Evangelisches Werk für Diakonie und Entwicklung e.V.

JurisdictionEuropean Union
CourtCourt of Justice (European Union)
Writing for the CourtBiltgen
ECLIECLI:EU:C:2018:257
Date17 April 2018
Celex Number62016CJ0414
Procedure TypeReference for a preliminary ruling
Docket NumberC-414/16
62016CJ0414

ARRÊT DE LA COUR (grande chambre)

17 avril 2018 ( *1 )

« Renvoi préjudiciel – Politique sociale – Directive 2000/78/CE – Égalité de traitement – Différence de traitement fondée sur la religion ou les convictions – Activités professionnelles d’églises ou d’autres organisations dont l’éthique est fondée sur la religion ou les convictions – Religion ou convictions constituant une exigence professionnelle essentielle, légitime et justifiée eu égard à l’éthique de l’organisation – Notion – Nature des activités et contexte dans lequel elles sont exercées – Article 17 TFUE – Articles 10, 21 et 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne »

Dans l’affaire C‑414/16,

ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Bundesarbeitsgericht (Cour fédérale du travail, Allemagne), par décision du 17 mars 2016, parvenue à la Cour le 27 juillet 2016, dans la procédure

Vera Egenberger

contre

Evangelisches Werk für Diakonie und Entwicklung eV,

LA COUR (grande chambre),

composée de M. K. Lenaerts, président, M. A. Tizzano, vice‑président, Mme R. Silva de Lapuerta, MM. T. von Danwitz, J. L. da Cruz Vilaça et A. Rosas, présidents de chambre, MM. E. Juhász, M. Safjan, D. Šváby, Mmes M. Berger, A. Prechal, MM. E. Jarašiūnas, F. Biltgen (rapporteur), M. Vilaras et E. Regan, juges,

avocat général : M. E. Tanchev,

greffier : M. K. Malacek, administrateur,

vu la procédure écrite et à la suite de l’audience du 18 juillet 2017,

considérant les observations présentées :

pour Mme V. Egenberger, par Me K. Bertelsmann, Rechtsanwalt, ainsi que par M. P. Stein,

pour Evangelisches Werk für Diakonie und Entwicklung eV, par Me M. Sandmaier, Rechtsanwalt, ainsi que par MM. M. Ruffert et G. Thüsing,

pour le gouvernement allemand, par MM. T. Henze et J. Möller, en qualité d’agents,

pour l’Irlande, par Mmes E. Creedon, M. Browne et L. Williams ainsi que par M. A. Joyce, en qualité d’agents, assistés de M. C. Toland, SC, et de Mme S. Kingston, BL,

pour la Commission européenne, par MM. D. Martin et B.‑R. Killmann, en qualité d’agents,

ayant entendu l’avocat général en ses conclusions à l’audience du 9 novembre 2017,

rend le présent

Arrêt

1

La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 4, paragraphe 2, de la directive 2000/78/CE du Conseil, du 27 novembre 2000, portant création d’un cadre général en faveur de l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail (JO 2000, L 303, p. 16).

2

Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant Mme Vera Egenberger à Evangelisches Werk für Diakonie und Entwicklung eV (ci-après l’« Evangelisches Werk »), au sujet d’une demande d’indemnisation introduite par la première en raison d’une discrimination sur le fondement de la religion dont elle prétend avoir été victime dans le cadre d’une procédure de recrutement.

Le cadre juridique

Le droit de l’Union

3

Les considérants 4, 23, 24 et 29 de la directive 2000/78 prévoient :

« (4)

Le droit de toute personne à l’égalité devant la loi et la protection contre la discrimination constitue un droit universel reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’homme, par la convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, par les pactes des Nations unies relatifs aux droits civils et politiques et aux droits économiques, sociaux et culturels et par la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales signés par tous les États membres. La convention no 111 de l’Organisation internationale du travail interdit la discrimination en matière d’emploi et de travail.

[...]

(23)

Dans des circonstances très limitées, une différence de traitement peut être justifiée lorsqu’une caractéristique liée à la religion ou aux convictions, à un handicap, à l’âge ou à l’orientation sexuelle constitue une exigence professionnelle essentielle et déterminante, pour autant que l’objectif soit légitime et que l’exigence soit proportionnée. Ces circonstances doivent être mentionnées dans les informations fournies par les États membres à la Commission.

(24)

L’Union européenne a reconnu explicitement dans sa déclaration no 11 relative au statut des Églises et des organisations non confessionnelles, annexée à l’acte final du traité d’Amsterdam, qu’elle respecte et ne préjuge pas le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les Églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres et qu’elle respecte également le statut des organisations philosophiques et non confessionnelles. Dans cette perspective, les États membres peuvent maintenir ou prévoir des dispositions spécifiques sur les exigences professionnelles essentielles, légitimes et justifiées susceptibles d’être requises pour y exercer une activité professionnelle.

[...]

(29)

Les personnes qui ont fait l’objet d’une discrimination fondée sur la religion ou les convictions, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle doivent disposer de moyens de protection juridique adéquats. Pour assurer un niveau de protection plus efficace, les associations ou les personnes morales doivent aussi être habilitées à engager une procédure, selon des modalités fixées par les États membres, pour le compte ou à l’appui d’une victime, sans préjudice des règles de procédure nationales relatives à la représentation et à la défense devant les juridictions. »

4

L’article 1er de la directive 2000/78 dispose :

« La présente directive a pour objet d’établir un cadre général pour lutter contre la discrimination fondée sur la religion ou les convictions, le handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle, en ce qui concerne l’emploi et le travail, en vue de mettre en œuvre, dans les États membres, le principe de l’égalité de traitement. »

5

L’article 2, paragraphes 1, 2 et 5, de cette directive énonce :

« 1. Aux fins de la présente directive, on entend par “principe de l’égalité de traitement” l’absence de toute discrimination directe ou indirecte, fondée sur un des motifs visés à l’article 1er.

2. Aux fins du paragraphe 1 :

a)

une discrimination directe se produit lorsqu’une personne est traitée de manière moins favorable qu’une autre ne l’est, ne l’a été ou ne le serait dans une situation comparable, sur la base de l’un des motifs visés à l’article 1er ;

[...]

5. La présente directive ne porte pas atteinte aux mesures prévues par la législation nationale qui, dans une société démocratique, sont nécessaires à la sécurité publique, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé et à la protection des droits et libertés d’autrui. »

6

L’article 4 de ladite directive est libellé comme suit :

« 1. Nonobstant l’article 2, paragraphes 1 et 2, les États membres peuvent prévoir qu’une différence de traitement fondée sur une caractéristique liée à l’un des motifs visés à l’article 1er ne constitue pas une discrimination lorsque, en raison de la nature d’une activité professionnelle ou des conditions de son exercice, la caractéristique en cause constitue une exigence professionnelle essentielle et déterminante, pour autant que l’objectif soit légitime et que l’exigence soit proportionnée.

2. Les États membres peuvent maintenir dans leur législation nationale en vigueur à la date d’adoption de la présente directive ou prévoir dans une législation future reprenant des pratiques nationales existant à la date d’adoption de la présente directive des dispositions en vertu desquelles, dans le cas des activités professionnelles d’églises et d’autres organisations publiques ou privées dont l’éthique est fondée sur la religion ou les convictions, une différence de traitement fondée sur la religion ou les convictions d’une personne ne constitue pas une discrimination lorsque, par la nature de ces activités ou par le contexte dans lequel elles sont exercées, la religion ou les convictions constituent une exigence professionnelle essentielle, légitime et justifiée eu égard à l’éthique de l’organisation. Cette différence de traitement doit s’exercer dans le respect des dispositions et principes constitutionnels des États membres, ainsi que des principes généraux du droit communautaire, et ne saurait justifier une discrimination fondée sur un autre motif.

Pourvu que ses dispositions soient par ailleurs respectées, la présente directive est donc sans préjudice du droit des églises et des autres organisations publiques ou privées dont l’éthique est fondée sur la religion ou les convictions, agissant en conformité avec les dispositions constitutionnelles et législatives nationales, de requérir des personnes travaillant pour elles une attitude de bonne foi et de loyauté envers l’éthique de l’organisation. »

7

L’article 9, paragraphe 1, de la directive 2000/78 prévoit :

« Les États membres veillent à ce que des procédures judiciaires et/ou administratives, y compris, lorsqu’ils l’estiment approprié, des procédures de conciliation, visant à faire respecter les obligations découlant de la présente directive soient accessibles à toutes les personnes qui s’estiment lésées par le non-respect à leur égard du principe de l’égalité de traitement, même après que les relations dans lesquelles la discrimination est présumée s’être produite se sont terminées. »

8

L’article 10, paragraphe 1, de cette directive dispose :

« Les États membres prennent les mesures nécessaires, conformément à leur système judiciaire, afin que, dès lors qu’une personne s’estime lésée par le...

To continue reading

Request your trial
69 practice notes
  • État luxembourgeois contra B.
    • European Union
    • Court of Justice (European Union)
    • 6 October 2020
    ...de la Unión o por disposiciones del Derecho interno de los Estados miembros (sentencias de 17 de abril de 2018, Egenberger, C‑414/16, EU:C:2018:257, apartado 78, y de 29 de julio de 2019, Torubarov, C‑556/17, EU:C:2019:626, apartado 55 Hecha esta precisión, el reconocimiento del mencionado ......
  • Opinion of Advocate General Saugmandsgaard Øe delivered on 14 November 2019.
    • European Union
    • Court of Justice (European Union)
    • 14 November 2019
    ...ou du droit national pour conférer aux particuliers un droit invocable en tant que tel (arrêt du 17 avril 2018, Egenberger, C‑414/16, EU:C:2018:257, point 78, et arrêt Torubarov, point 32 Ordonnance du 9 août 1999 (1 BvR 2245/98). L’affaire ayant donné lieu à cette ordonnance portait sur le......
  • Opinion of Advocate General Tanchev delivered on 7 March 2019.
    • European Union
    • Court of Justice (European Union)
    • 7 March 2019
    ...Aircraft (C‑474/12, EU:C:2014:2139, paragraph 26 and the case-law cited). 77 Ibid., paragraph 23. 78 Judgment of 17 April 2018 (C‑414/16, EU:C:2018:257). 79 Ibid., paragraphs 76 and 80 Judgment of 6 November 2018, Bauer and Willmeroth (C‑569/16, EU:C:2018:871, paragraph 52). 81href="#Footre......
  • Opinion of Advocate General Kokott delivered on 7 May 2020.
    • European Union
    • Court of Justice (European Union)
    • 7 May 2020
    ...21 de la Carta no necesita ser concretado y es efectivo por sí solo: véanse las sentencias de 17 de abril de 2018, Egenberger (C‑414/16, EU:C:2018:257), apartado 76, y de 22 de enero de 2019, Cresco Investigation (C‑193/17, EU:C:2019:43), apartado 59 Sentencias de 7 de junio de 2012, Tyrole......
  • Request a trial to view additional results
64 cases
  • État luxembourgeois contra B.
    • European Union
    • Court of Justice (European Union)
    • 6 October 2020
    ...de la Unión o por disposiciones del Derecho interno de los Estados miembros (sentencias de 17 de abril de 2018, Egenberger, C‑414/16, EU:C:2018:257, apartado 78, y de 29 de julio de 2019, Torubarov, C‑556/17, EU:C:2019:626, apartado 55 Hecha esta precisión, el reconocimiento del mencionado ......
  • Opinion of Advocate General Saugmandsgaard Øe delivered on 14 November 2019.
    • European Union
    • Court of Justice (European Union)
    • 14 November 2019
    ...ou du droit national pour conférer aux particuliers un droit invocable en tant que tel (arrêt du 17 avril 2018, Egenberger, C‑414/16, EU:C:2018:257, point 78, et arrêt Torubarov, point 32 Ordonnance du 9 août 1999 (1 BvR 2245/98). L’affaire ayant donné lieu à cette ordonnance portait sur le......
  • Opinion of Advocate General Tanchev delivered on 7 March 2019.
    • European Union
    • Court of Justice (European Union)
    • 7 March 2019
    ...Aircraft (C‑474/12, EU:C:2014:2139, paragraph 26 and the case-law cited). 77 Ibid., paragraph 23. 78 Judgment of 17 April 2018 (C‑414/16, EU:C:2018:257). 79 Ibid., paragraphs 76 and 80 Judgment of 6 November 2018, Bauer and Willmeroth (C‑569/16, EU:C:2018:871, paragraph 52). 81href="#Footre......
  • Opinion of Advocate General Kokott delivered on 7 May 2020.
    • European Union
    • Court of Justice (European Union)
    • 7 May 2020
    ...21 de la Carta no necesita ser concretado y es efectivo por sí solo: véanse las sentencias de 17 de abril de 2018, Egenberger (C‑414/16, EU:C:2018:257), apartado 76, y de 22 de enero de 2019, Cresco Investigation (C‑193/17, EU:C:2019:43), apartado 59 Sentencias de 7 de junio de 2012, Tyrole......
  • Request a trial to view additional results
7 books & journal articles

VLEX uses login cookies to provide you with a better browsing experience. If you click on 'Accept' or continue browsing this site we consider that you accept our cookie policy. ACCEPT